when gestures are merely declarations of love

Yoon Ki Suk

Sagement installé sur un siège près de son ami qui était résolument endormi, Ki Suk avait du vivre une longue période d’incertitude et de crainte lorsque son ami s’était endormi, presque inconscient après avoir avalé les médicaments prescrits par l’infirmière de leur université. Ce n’était pas qu’il ne faisait pas confiance en celle-ci, seulement voir Yano allongé aussi paisiblement et inconsciemment, tout en sachant qu’il avait fait une vertigineuse chute quelques dizaines de minutes auparavant lui avait semblé trop soudaine pour être anodine. De plus, l’infirmière semblait avoir diagnostiqué une luxation de l’épaule gauche et elle s’était montré réservé en ce qui concernait le sort de celle-ci. En effet, le simple fait d’avoir pris le risque de le déplacer comme il l’avait fait, était l’une des choses à ne surtout pas à faire dans le cas présent. Bien entendu, il n’avait nullement réfléchi à cela, après tout, il n’était qu’un simple élève de droit et il était loin de supposer qu’en voulant aider son ami, celui-ci avait pu lui faire plus de mal que de bien. Maintenant qu’il en savait plus sur la situation, il se sentait énormément coupable et surtout il avait peur. Peur que son inexpérience dans ce genre de cas cause un quelconque handicap à son ami. Et si seulement par sa faute celui-ci ne pouvait plus exercer une quelconque activité physique demandant un trop gros effort pour son bras, son épaule ? Que ressentirait Yano si on lui interdisait tout simplement de faire de l’escalade, voir même du piano à la suite de cet accident ? Cette simple idée le tétanisait et il ne préférait pas y songer mais le simple fait d’avoir vu tant de médecins et d’infirmières venir dans la chambre où il avait été transféré pour lui administrer des soins, sans qu’on ne le tienne au courant de rien, il ne cessait d’y penser, resserrant seulement son étreinte autour de la main de son ami qui semblait transpirer du à cette fièvre de cheval qu’il avait développé bien qu’il semblait aussi paisible que lorsqu’il dormait innocemment dans son lit après une bonne journée de cours. Le visage si parfait de son meilleur ami avait toujours été l’un de ces objets d’admiration. Yano, représentait à ses yeux le parfait métissage qu’on pouvait attendre d’un couple japo-coréen et bien qu’il préférait se tuer que d’admettre qu’il avait des sentiments peut être bien plus poussés pour son meilleur ami, il ne pouvait nier le fait qu’il lui arrivait parfois de se retourner dans son lit pour admirer les traits si serein de son ami qui dormait bien paisiblement à quelques mètres de lui. Oui, parfois le visage de son meilleur ami était la dernière image qu’il emportait avec lui dans ses rêves et à l’heure actuelle, il était résolument impossible pour lui de quitter un seul instant le visage de son ami, cherchant en lui un simple détail qui pourrait lui apprendre qu’il souffrait. Une souffrance qu’il s’attribuait alors qu’il se sentait si idiot d’avoir peut- être ruiné la vie de son ami. Que deviendrait Yano s’il ne pouvait plus jouer du piano, s’il n’avait plus la possibilité de se laisser enivrer par les sons délicieux qu’il produisait du bout de ses doigts, lui qui aimait tant jouer, lui qui désirait au fond devenir un artiste tel que lui, le souhaitait ? La réponse bien qu’évidente était bien trop terrifiante en sachant qu’il en était responsable. Yano, incapable de jouer, voir d’assouvir sa passion pour l’alpinisme, ne serait résolument plus la même personne et il ne le désirait nullement, appréciant tellement cet homme qui lui faisait découvrir tant de choses.

« Si ça peut vous rassurer, jeune homme, il n’aura aucune séquelle de son accident. Seulement, pendant quelques semaines il devra rester en convalescence et suivre une rééducation pour son épaule. Mais ça ira bien rapidement. »

Ces mots tellement rassurants avaient été prononcés par une infirmière dans un faible sourire, qui était entrée dans la chambre sans qu’il ne le remarque. Il était tellement occupé à observer son ami, perdu dans ses tourments qu’il était presque sûr qu’elle l’avait informé de son état pour tenter d’apaiser son inquiétude qui semblait à ses yeux tellement naturelle. Souriant faiblement à cette femme qui venait baisser le niveau de la perfusion, et vérifier si l’attelle était bien posée, ainsi que l’état de son ami, il ne put s’empêcher de resserrer plus fermement et tendrement la main de celui-ci au creux de la sienne. Il avait bien conscience que la nuit était tombée depuis quelques temps sur la ville et que les heures de visite autorisées allaient bientôt être sur le point de se terminer mais l’idée de le quitter ainsi, lui était tout simplement impensable.

« Dites moi, ça serait possible que je reste avec lui, cette nuit ? » Demanda-t-il alors qu’il relevait son regard vers elle. Ses yeux exprimaient son inquiétude au sujet de son ami, qu’il était tout simplement incapable de camoufler. « Il n’a aucune famille en ville et bien que je ne sois seulement que son ami, je suis sur qu’il ne verrait aucun inconvénient à m’avoir à ses côtés… je… je suis bien conscient qu’en tant normal les hôpitaux ne tolèrent que la famille proche mais je suis persuadé que ma présence lui sera bénéfique… Il se sentira moins perdu à son réveil étant donné qu’il a été transporté ici, inconscient… »

Il avait bien conscient qu’il était en train de se trouver une excuse pour rester auprès de son ami mais il ne pouvait tout simplement pas supporter l’idée de le quitter sans lui avoir parlé en face, sans avoir eu la possibilité d’entendre sa voix, le rassurer de nouveau sur son état, de sentir sur lui son regard bienveillant et tendre qu’il avait toujours à son attention. Il savait que ça serait seulement qu’après avoir ressenti ce bien être à son contact qu’il pourrait le laisser se reposer, reprendre des couleurs après toutes les épreuves qu’il venait de traverser.

« Je ne pense pas qu’il devrait y avoir de problème à ce sujet, nous fermerons les yeux sur ce détail. » Lança l’infirmière dans un aimable clin d’œil tendre alors qu’elle retournait à ses occupations en fermant la porte derrière elle.

Soulagé, qu’on ne l’est point renvoyé chez lui, il soupira doucement en reportant son attention sur Yano alors qu’il approchait doucement son siège un peu plus près de son ami. Contemplant de nouveau les traits si paisibles de son ami, il laissa glisser ses doigts dans la chevelure de son ami alors qu’il ne cessait de se poser ces innombrables questions qui ne semblaient n’avoir aucune réponse à ses yeux. Tant de choses s’embrouillaient tellement dans son esprit, trop peut être même pour qu’il ait les idées claires mais les mots, qu’il murmura alors à ce moment précis, étaient plein d’une vérité qu’il était encore loin d’être capable d’assumer… C’est donc tourmenté par tous ces sentiments qu’il s’endormit auprès de son ami dans un sommeil profond, exténué lui même par tous les événements qu’il avait connu au cours de la journée. Il savait bien au fond de lui-même que son affection pour Yano, dépassait le simple stade de l’amitié mais il ne voulait pas accepter cette réalité, ayant au fond qu’une seule crainte : celle de le perdre….Une chose qu’il ne désirait nullement, il ne pourrait sûrement pas supporter le vide qu’il avait ressenti quelques secondes en haut de ce mur en ayant envisagé le pire. C’est donc plus léger qu’il se laissa emporter par des songes plus doux, moins pénibles pour son esprit, alors qu’il sentait depuis quelques minutes, la chaleur de la main de Yano quitter la sienne alors que la voix de son ami lui susurrait dans une voix quelque peu étranglée par une certaine émotion et désarroi : « Aishiteru… »

Un simple mot qu’il n’avait en réalité nullement entendu, un mot qui même conscient il aurait été incapable de comprendre ne sachant, ni comprenant nullement la langue paternelle de son ami. Qu’est ce qu’ils pouvaient signifier ? Il en avait aucune idée et perdu dans les méandres de ses songes, il oublia bien vite ce qu’il venait de se passer, préférant se reposer, reprendre des forces dont il avait besoin. C’est lorsqu’il sentit doucement les doigts du jeune homme venir caresser doucement sa chevelure en murmurant son prénom, qu’il consentit peu à peu à s’extirper de ses songes, laissant échapper un gémissement de mécontentement d’être ainsi réveillé. Il ne savait nullement combien de temps, il s’était assoupi ainsi positionné mais il mentirait s’il disait que ce léger sommeil ne lui avait pas fait du bien. Papillonnant des yeux alors qu’il se réveillait doucement en regardant son ami, il laissa échapper un léger bâillement en mettant ses doigts devant sa bouche par égard pour son ami. Comme Yano le savait bien, le jeune homme était un être capable de s’endormir n’ importe où et à n’importe quelle heure à son plus grand désarroi. D’ailleurs en principe c’était toujours lui qui le réveillait chaque matin, ce qui d’ailleurs, lui avait permit d’éviter d’être souvent en retard en cours. Souriant faiblement à son ami alors que le fil des événements lui revenait en tête, il murmura dans un ton ô empli d’inquiétude.

« Yano…ça va bien ? Ton épaule ne te fait pas trop mal ? Si tu veux, je peux aller chercher l’infirmière pour qu’elle te donne quelque chose…n’hésites pas d’accord ? »

Il ne savait nullement ce qui se passait mais il y avait quelque chose d’étrange dans le comportement de Yano. Il était bien incapable de déterminer quoi mais quelque chose dans son attitude lui donnait l’impression qu’il y avait un problème. Lequel ? Il n’en savait rien mais il n’aimait pas du tout ce regard quelque peu neutre que celui-ci lui adressait depuis qu’il avait établit le contact visuel avec lui. C’est donc tout innocemment et avec une voix un peu craintive, qu’il fronça doucement un sourcil en murmurant : « Yano, tu as l’air étrange…il s’est passé quelque chose pendant mon sommeil ? »

Étrange, c’était bien le mot qu’il convenait pour définir l’attitude du jeune homme à son égard. C’était comme s’il le regardait de la même façon qu’il le faisait avec les autres, avec cette nonchalance et froideur qui avait toujours fait se réputation et il n’aimait pas ça, ni même le ton qu’il employa lorsqu’il lui répondit tout simplement.

« Je vais bien, je te remercie. Juste un peu fatigué mais ne t’inquiète pas, je pense qu’après une bonne nuit de sommeil, je devrais me sentir bien mieux. Merci en tout cas de m’avoir veillé, c’est très gentil, mais tu ferrais mieux de rentrer au dortoir…il commence à se faire tard et demain tu as des cours, je ne voudrais nullement te déranger plus qu’il ne le faudrait. »

Bien que poli et doux pouvaient être ses mots, ainsi emplis d’une certaine inquiétude à son égard, il n’aimait résolument pas la façon qu’il avait de le dire, ni cette lueur si neutre qu’il avait eu dans son regard. C’était comme s’il se retrouvait face à un mur de glace et l’idée que celui-ci voulait le voir disparaître de sa vue, semblait alors occuper ses pensées.

« Tu sais… j’ai eu le feu vert d’une infirmière pour rester ici et puis j’ai qu’une heure de cours demain matin en fin de matinée donc… tu n’as nullement besoin de t’inquiéter, je ne raterai nullement mes cours en restant auprès de toi, ce soir… »

Il devait avouer qu’il avait eu la voix un peu tremblante alors que l’idée qu’il dérangeait le jeune homme faisait de plus en plus sa place dans son esprit. Yano, quant à lui ne changeait nullement d’attitude à son égard et se contenta seulement de soupirer alors qu’il glissait sa main derrière la nuque pour décontracter ces muscles en répondant seulement.

« Je sais, Ki Suk… je te suis reconnaissant de vouloir rester à mes côtés mais ça me gêne… surtout que toi aussi tu as eu une pénible journée. Tu ferais mieux de rentrer à la résidence profiter d’un matelas bien confortable que de rester à mes côtés, je t’assure. »

Le ton avait été le même aussi déstabilisant et neutre, bien que trop poli pour être supportable à ses oreilles. Ainsi, Yano désirait le voir partir. Cette idée bien que plus cruelle qu’il ne l’aurait imaginé, l’irrita profondément alors qu’il se levait doucement pour partir. Puisque celui-ci désirait qu’il le laisse tranquille, qu’il le considérait comme un gêne, il n’avait nullement plus de raison de rester en ces lieux. Cependant il ne pouvait s’empêcher de vouloir comprendre la raison d’un tel changement d’attitude à son égard ? Se sentait-il gêné de lui avoir montré une facette de sa personne si diminuée, si fragile ? Si c’était le cas, il n’avait aucune raison de l’être…Il était son meilleur ami et c’était justement son rôle d’être présent dans ces moments là, n’est ce pas ? Pourtant ces questions, il n’eut nullement le courage de les exprimer alors qu’il murmurait simplement.

« Très bien alors, je vais y aller…je ne voudrais nullement te déranger plus longtemps. Tu dois te reposer également… tu veux que j’avertisse l’infirmière en passant que tu es réveillé ? »

Son ton avait été plus froid qu’il ne l’aurait pensé, bien trop blessé par cette nonchalance avec laquelle celui-ci lui parlait. C’était comme s’il n’était plus rien à ses yeux, comme s’il n’était désormais qu’un poids, pire une simple connaissance à ses yeux. Serrant doucement les poings tout en tâchant de cacher son désarroi, il prit simplement congé en lui souhaitant un bon repos lorsque son ami lança simplement avec ce même ton qu’il méprisait désormais.

« Non, ça ira…je vais me recoucher sous peu. Rentres bien et surtout reposes-toi bien, Ki Suk. »

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